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Le défournementPage précédente

COMPORTEMENT DE LA CHAMBRE DE CUISSON

Durant la montée en température, des fissures se sont ouvertes dans les parois latérales du couvercle et de la sole, ne mettant pas en péril le déroulement de la cuisson, mais créant des entrées d'air qui ont perturbé par endroits l'enfumage ( point de ré-oxydation et de re-combustion des goudrons ).

Ces fissures ont justifié, par précaution, l'utilisation d'une sangle pour ceinturer le couvercle lors de l'ouverture du four. Lors de l'enfournement, nous avions placé le regard du couvercle à l'arrière du four, ayant constaté lors de cuissons antérieures en four à bois, que les parties sous cuites se trouvaient souvent dans cette partie de la chambre de cuisson ( à l'opposé du foyer ).

Nous pensions ouvrir ce regard en fin de cuisson pour diriger la flamme vers cette partie du four. La température qui nous a paru bien équilibrée n'a pas justifié l'utilisation de cette méthode. Quelle a été l'utilisation de cette ouverture? Nous ne l'avons quant à nous utilisé que pour compléter l'enfournement après avoir déjà posé le couvercle. On peut également penser à l'introduction directe dans la chambre de cuisson de matières fumigènes destinées à l'enfumage des pots en fin de cuisson.Par la suite cette ouverture nous fournit un bon moyen de préhension pour manipuler ce couvercle lors du défournement.

 Après cette première cuisson noire, nous avons récupéré et transporté à Toulouse le laboratoire du four pour l'utiliser en ambiance oxydante cette fois, dans le cadre des Journées organisées par le centre culturel Croix-Baragnon. La structure est installée dans les mêmes conditions avec un foyer plus court cette fois et a fonctionné de façon tout à fait satisfaisante.

LE TRAVAIL SE POURSUIT

Nous avons installé à la Poterie du Carbassou à Rasiguères le deuxième laboratoire non utilisé. De nombreuses cuissons y ont été réalisées. Une constatation s'impose : si la sole se comporte bien à l'utilisation, le couvercle, quant à lui, supporte mal les chauffes successives. Sur les deux exemplaires de laboratoires réalisés, des fissures sont rapidement apparues, puis des fentes rendant sa manipulation impossible après deux ou trois cuissons. Le four installé à la poterie a rapidement subi quelques transformations afin de pouvoir continuer à l'utiliser. Le couvercle est devenu fixe. On a supprimé la partie centrale et la cheminée ( Fig. 4 ). L'enfournement se fait désormais par cette ouverture et le four est refermé par des tessons de céramique, ce qui lui donne une structure proche d'un four médiéval.

Comme il semble difficile de savoir si le four retrouvé à Sévrier a été utilisé de nombreuses fois ou si, lui aussi, s'est rapidement dégradé, nous ne pourrons pas porter de conclusion sur sa forme curieuse. Il semble difficile, même avec des matériaux différents de ceux que nous avons utilisés, de réaliser un four sur ce plan sans qu'il se fissure rapidement. Néanmoins, ces expérimentations ont montré clairement le côté fonctionnel de cette structure de cuisson.

La possibilité, déjà démontrée par Philippe Andrieu, d'atteindre des températures élevées, que ce soit en ambiance oxydante ou réductrice, et ce, avec un temps de chauffe qui ne dépend que de la capacité de la terre des pots à résister au choc thermique. Si P. Andrieu l'avait porté en 900° en 35 heures, pour notre part, à Tautavel, nous l'avons monté en 8 heures; mais lors de cuissons suivantes, il nous est arrivé avec une terre suffisamment dégraissée de le monter en 3 heures. La preuve est donc faite des possibilités thermiques de cette structure de cuisson qui, si elle date de L’âge du Bronze, n'en est pas moins très actuelle dans sa conception.

 

Dans l'état actuel de nos connaissances, il semble que peu de structures de cuissons céramiques antérieures au Bronze Final ait été retrouvées. L'homme était pourtant capable d'en maîtriser les aspects techniques. A cette époque, il pratiquait déjà depuis longtemps, la réduction et la fusion des minerais de cuivre et d'étain. Les techniques spécifiques de ce travail lui étaient connues. Il était donc en mesure de construire et de faire fonctionner des structures thermiques complexes capables d'atteindre des températures élevées largement supérieures à celles nécessitées par la cuisson des poteries. Il est intéressant de constater que les premiers fours de potiers bien identifiés ( le four de Sévrier en est un exemple) comportent déjà tous les éléments constitutifs d'un four à tirage vertical traditionnel : foyer, chambre de chauffe, sole perforée, laboratoire... Tout ceci laisse penser qu'il a dû exister antérieurement, des structures moins élaborées faisant la transition entre les foyers ouverts Néolithiques et les fours déjà sophistiqués du Bronze Final.

 

Quelques éléments trouvés lors de fouilles peuvent faire penser à des fours primitifs : terre rubéfiée, éléments de pisé cuit. Il est parfois compliqué de faire la différence entre foyer domestique ( four pour les aliments) et four de potier. Il faudra attendre que la chance permette de découvrir une structure bien conservée sans équivoque quant à son utilisation céramique pour mieux comprendre l'évolution des techniques de cuissons céramiques depuis le néolithique.

 

Depuis 1994, notre approche de l'enfumage a nettement évolué, en particulier au contact des potiers catalans et portugais qui pratiquent toujours cette technique traditionnelle. Nous utilisons à cet effet du combustible sec d'un diamètre qui peut varier de la simple brindille à des sections de trois ou quatre centimètres. L'important est d'obtenir un fort dégagement de fumée et de supprimer toute entrée d'air dans le four. Les températures critiques se situant globalement entre 700° et 400°. Mais la terre enfumée n'est pas l'objet de cet article, nous aurons l'occasion de revenir plus tard sur ce vaste sujet qui touche à la fois toutes les époques de la préhistoire à nos jours et quasiment toutes les civilisations qui ont pratiqué la céramique


Expérimentation menée par M. Jean-Marie GIORGIO (Céramiste ) au sein de l’association pour les Journées de la Céramique avec la participation de :

Dominique ALLIOS, Archéologue / Université de Rennes

Bernadette BONAFOUS, Céramiste / Poterie du Carbassou

Jacques PERNAUD, Conservateur / Musée de Tautavel Centre Européen de Préhistoire

Miche PERRON d’ARC, Adjoint - Conservateur / Musée de Sallèles d’Aude

Valérie PORRA, Conservateur / Château-Musée de Bélesta


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